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05.01.2007
Des fêtes
Ce matin, j'ai vu un sapin de Noël, échoué sur sur un trottoir, comme fichu à la porte malproprement de la maison qu'il a illuminé pendant quelques jours, portant sur ses branches dégarnies toute la misère des sapins de noël en janvier et la tristesse des fêtes qui s'achèvent.
M'est avis, mais j'dis ça comme ça, qu'on ferait mieux de les laisser plantés les sapins de Noël!
Aujourd'hui je me sens un peu comme lui, ce pauvre petit sapin de Noël de rien du tout!
La gueule de bois, oui, la sensation bizarre qu'il ne se passe plus rien et qu'on remballe tout comme après une catastrophe.
On doit presque s'excuser de se retrouver dans les rue avec un sourire aux lèvres et le coup de pédale vigoureux: cela ne sied pas à l'après-fête.
Quant aux magasins... Fermés pour cause d'inventaire, of course... Il faut bien compter ses sous... Enfin les sous de ceux qui en ont, pas tout le monde... Puisque l'horizon ultime de notre société, la trinité libérale, c'est bien le flouze, la consommation et la croissance...
Et j'entends derrière les rideaux baissés le doux bruit des tiroirs caisses qui s'ouvrent et des calculatrices qui additionnent et je devine les mains avides qui comptent les billets. Pourvu que l'on ait au moins payé comme il se doit, j'en doute, ceux à qui on a demandé de travailler le dimanche!
Allez, je me dis que du haut de sa croix, le petit Jésus, qui n'existe pas dieu merci - ce n'est pas parce que j'en parle que cela va arriver, heureusement!-, contemple tout cela avec une tristesse infinie!
Poème de Jean-Pierre Rosnay, que les lecteurs fidèle de ce blog se rappelleront avoir vu ici en mars dernier... Quitte à parler du Christ, je préfère largement à cette sauce impie...
Intimité du Christ
Jésus se fait deux oeufs sur le plat. Il n'est pas coiffé, pas rasé, pieds nus il a laissé sa croix dans un coin. Aussitôt qu'il a un moment, il dessine des enfants, des enfants, des enfants. Parfois, il lit les journaux et hausse les épaules. Ce que l'on colporte sur son compte l'irrite, accentue sa fièvre.
Jésus répare sa bicyclette, il doit aller livrer du poisson, il y a une éternité qu'il n'a pas eu le temps de téléphoner à sa mère. La dernière fois qu'il l'a vue, c'était au Golgotha, peu avant son décès. Il a des fins de siècles difficiles.
Gardien des eaux et des forêts de l'âme, il va, il va, opiniâtre, friand d'innocence. Les pauvres le rassemblent, il a toujours un visage pour les vaincus. Il évite les cathédrales comme la peste, il fait un grand détour à cause d'un rendez-vous qu'il a dans les yeux d'un aveugle. Tout à l'heure il se fondra à nouveau dans la foule, puis, après avoir escorté des révolutionnaires qui se déplacent nuitamment, par prudence, il recommencera à dessiner des enfants, des enfants si petits qu'il faut une loupe ou un coeur de mère pour les voir.
Je le salue distraitement, car il n'apprécie guère les démonstrations, car il doute, car il est mon ami. Je prends congé, je me rejoins dans ma vie si provisoire, si bâclée, si chaotique, que je n'y aurai pris, à vrai dire, qu'un intérêt limité.
Jean-Pierre Rosnay
21:50 Publié dans Mots... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



Commentaires
Coup de blues ?
Viens manger de la galette, on t'a gardé une part !
Lorsque j'enseignais au lycée, je faisais toujours un gâteau avec une pièce de monnaie dedans, j'avais pas de fêve céramique, l'élève qui l'avait portait sa petite couronne en papier alu.
Joyeuse Épiphanie, cher evariste, et car ce mot en anglais veut dire "découverte", je t'en souhaite encore plein de belles en 2007.
Ecrit par : joye | 06.01.2007
Evariste,
Si les magasins sont fermés c'est parce que les soldes commencent la semaine prochaine.
http://www.servicepublic.fr/actualites/00409.html
Je suis allée dans une boutique cette semaine, personne dans la boutique, mais la fille était harcelée au téléphone pour savoir quand commençaient les soldes.
Là, il sorte des fonds du magasin, les trucs vraiement moches d'il y a 10 / 15 ans pour les solder. Après avec l'argent des fêtes & des soldes [Tout bénéf, puisque payé il y a 10 / 15 ans], ils partiront à la neige ou au soleil !
Il ne se passe rien ? … Pourtant dans ta ville, derrière les murs, il s'en passe des drôles de choses ! Beurk, c'est pas moi qui irait manger un poumon … sûrement plein de goudron !
Ecrit par : Sar@h | 06.01.2007
bonjour ..complétement d'accord avec les sapins de Noel qui commencent à joncher les trottoirs ...quelle tristesse ...et dire qu'il en existe de très bonnes imitations en plastique ..on croirait des vrais ...ce n'est que le début ...les poubelles vont en etre pleines ...vue comme ça c'est super l'écologie ...
il me plait bien ce Jésus là ...sympa comme tout
bon dimanche
Ecrit par : bernard | 07.01.2007
belle année à toi également...
merci pour tes bons voeux...
adorable comme toujours...
Ecrit par : wondercinamona | 07.01.2007
Les fêtes se succèdent; comme pour prolonger un je ne sais quoi au goût amer.
Bien à toi Evariste, et bonne semaine sur la route de la découverte.
Ecrit par : Ambroise | 08.01.2007
@Joye: oh non pas de coup de blues, de lucidité tout au plus. Elle peut s'apparenter au blues cependant! Merci pour la galette, en tout cas ;o)
@Sarah: ah les soldes j'oubliais... Quant à ce qui se passe dans la prison, bouh, cela me fait froid dans le dos!
@Bernard: il est bien ce Jésus, on a envie de le connaître!
@Wondercinamona: merci de ta visite! Hasta pronto!
@Ambroise: un petit gout amer, c'est cela...
Ecrit par : evariste | 10.01.2007
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