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17.06.2006
Devos et Morel
Article de François Morel sur la mort de Raymond Devos, publié dans Libération vendredi... Si vous avez deux secondes, lisez-le, vraiment je trouve que cela vaut le coup!
Raymond Devos et le Bon Dieu viennent de faire connaissance. Une rencontre au sommet qui a eu lieu tout là-haut, dans le ciel des artistes, des poètes et des comédiens. Depuis toujours, depuis une éternité, ça s'appelle le paradis, là où se retrouvent les admirateurs de Baptiste le silencieux et de Frédéric Lemaître le bavard. Là où les amoureux de Garance se donnent rendez-vous.
Raymond Devos et le Bon Dieu se sont immédiatement reconnus. Forcément. Même légèreté. Même énormité. Même aisance pour se balader dans l'imaginaire. Même talent pour créer des univers.
Et puis même façon, justement, de parler pour le paradis. Vous l'aurez remarqué, l'Un comme l'Autre (oui, plus l'Un que l'Autre...) sont antérieurs à l'invention de la télévision. Devos s'adresse à tous ses spectateurs, même celui placé là-bas, tout en haut, qui au risque de tomber doit se pencher pour apercevoir son imposante silhouette. Devos ne joue pas pour les gros plans, les zappettes, les écrans raplaplats, il ne dissémine pas des mots d'esprit plus ou moins convenus dans ces émissions où les comiques sont utilisés pour agrémenter un peu le vide et l'agitation.
Car Raymond Devos était un créateur qui ne badinait pas avec l'humour. Le natif de Mouscron n'était pas un spécialiste des histoires belges. Le gros homme ne prisait pas le rire gras. A l'inverse de tant d'autres de ses collègues, il ne cherchait pas l'inspiration dans les recueils de blagues, mais plutôt dans Gaston Bachelard. Excusez du peu. La terre, le ciel, les éléments, la vie, la mort. Raymond Devos ne rigolait pas avec le rire.
Raymond Devos sur scène, c'était d'abord un corps, gigantesque dans son costume bleu, tout d'un coup aérien quand avec ses bretelles attachées au bas du pantalon, il sautait du piano comme on descend d'une capsule spatiale, évoquant les premiers hommes marchant sur la Lune. C'était un comique en apesanteur. Un jongleur. Un magicien. Un illusionniste capable d'être corpulent sans jamais être lourd, un obèse mais expert en élégance.
Le Bon Dieu vient de s'installer sur un nuage, Raymond Devos a saisi sa clarinette, il se dirige sur la piste divine pour fredonner un vieil air de Giani Esposito : «Ouvrez donc les lumières/Puisque le clown est mort/Et vous applaudissez/Admirez son effort.» Georges Brassens qui, depuis vingt-cinq ans, autant dire une éternité, s'emmerde au ciel, s'approche de Raymond pour l'accompagner à la guitare. Jacques Canetti, qui passait par là, se demande s'il ne pourrait pas organiser une grande tournée à travers toutes les contrées célestes.
Le Bon Dieu a des larmes aux yeux. Il se mouche dans les étoiles. De mémoire d'ange, ça faisait longtemps qu'on ne L'avait pas vu aussi ému.
Raymond Devos et le Bon Dieu viennent de faire connaissance. Il y en a au moins Un des deux qui a de la chance de rencontrer l'Autre.
16:40 Publié dans Mots... | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : devos



Commentaires
Merci d'avoir songé à partager ce joli texte. Il en a de la chance, le bon dieu !
Ecrit par : MarianneKipleur | 17.06.2006
Voilà, oui, je l'ai mis ici pour le partager, et pour l'avoir sous la main... J'aime bien François Morel!
Ecrit par : Evariste | 17.06.2006
C'est le François Morel des Deschiens ?
En tout cas, son texte est émouvant.
Moi j'aime bien quand tu nous fait partager tes émotions.
Ecrit par : Myriam | 17.06.2006
Ceci est un trés beau texte, merci pour ce partage.
Et oui, c'est cela la magie du blog.
Ecrit par : la JD | 17.06.2006
@Myriam: Son texte méritait une deuxième vie, hors du journal libé... C'est le plus bel hommage que j'ai jamais lu. Raymond le magnifique en aurait été retourné!
@la JD: la circulation des informations et des émotions, oui, les blogs servent aussi à çà!
Ecrit par : Evariste | 17.06.2006
Seul un poète comme Morel pouvait mesurer la dimension du talent de Devos. Très bel hommage, pudique et sincère. Chapeau, François!
Ecrit par : Ardalia | 18.06.2006
Merci beaucoup beaucoup pour ce texte, qui est sublime. Si vous le voulez bien, je mettrai un lien vers votre blog sur le mien...
Ecrit par : marionette | 18.06.2006
C'est magnifique bien entendu mais rien d'étonnant à cela.
J'ai vu François Morel en spectacle à la Rochelle ( où il ouvre toutes ses tournées comme le fait aussi la troupe des Deschiens ).
Le rire et la poésie sont bons amis, c'est connu. L'un des deux sublimant l'autre en permanence. Et Morel s'y entend bien, aussi bien que Devos ne le faisait.
Deux génies tout simplement. Ceci étant, que mr Morel ne se sente pas obligé de rejoindre le bon Dieu trop rapidement. Il a encore de très beaux textes à écrire pour nous ravir.
Ecrit par : Mille Pattes | 18.06.2006
@Ardalia: comme tu dis, un hommage sincère et vrai! c'est un des premiers que je vois!
@Marionnette: volontiers, et réciproquement d'ailleurs. Des théâtreux, sur la même longueur d'onde, ne disparaissez pas, revenez vite!
@Mille Pattes: content de te voir et d'accord avec ce que tu écris. Si monsieur Morel fait ses bagages pour l'autre côté, on serait obligé de le suivre... Alors je préfère qu'il reste encore un peu ;o)
Ecrit par : evariste | 18.06.2006
@Myriam : Oui, François Morel est, entre autre, le Monsieur Morel des Deschiens. Mais il ne faut pas les confondre, ce serait bien réducteur de ne le voir qu'ainsi ! François Morel a commis nombre portraits et chroniques (et quelques livres), où transparaissent tantôt son très tendre amour, tantôt sa drôle de cruauté, avec un talent d'écriture qui n'appartient qu'aux grands (pensée aussi pour Pierre Desprosges)
... et Raymond Devos, même aujourd'hui me fait encore rire ! Il n'est donc pas vraiment mort ....
Ecrit par : Yves | 18.06.2006
Merci de partager cette article.
Ecrit par : Innée | 19.06.2006
@Yves: Précisions importantes Yves, effectivement.
Raymond Devos me fera rire encore bien longtemps! Enfin j'espère, car sinon c'est que je ne serai plus là ;o)!
@Innée: oui nous avons la même peine, qui est la peine d'ailleurs de beaucoup d'entre nous!
Merci de ta visite!
Ecrit par : evariste | 19.06.2006
J'apprécie beaucou Devos, et cet hommage est magnifique.
Merci :-)
Ecrit par : dominique | 20.06.2006
@Dominique: c'est bien pour cela que j'avais envie encore de le partager, cet hommage!
Ecrit par : evariste | 20.06.2006
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